Je reprends ma réponse à un post sur l'affaire d'Outreau lisible à cette adresse.
Ta réflexion rejoint la mienne sur cette histoire. Le parallèle entre l'inexpérience du juge et de l'enseignant est tout à fait juste. Mais je trouve l'opinion publique, médiatique, de même que cette commision profondément hypocrite de pousser de grands cris d'orfraie après avoir craché sur ces accusés auxquels on avait oublié d'accorder la présomption d'innocence. Je ne pense pas qu'il y ait une seule personne en France qui n'ait pas pensé : "mais ce sont vraiment des monstres". Il est beaucoup plus facile après coup de dire : "mais comment a-t-on pu enfermer cette brave dame, ou ce jeune couple ?" alors que plusieurs enfants les accusaient de choses innommables. Des enfants mentent tous les jours de façon très convaincante pour des broutilles...
Si la tâche du juge demande l'impartialité, il n'en reste pas moins un être humain et face au soupçon d'actes atroces et inhumains sur des enfants la réaction est épidermique. Le juge n'en est pas excusable pour autant, il a sans doute commis de graves erreurs.
J'admire Roselyne Godard, une des acquittées d'Outreau qui n'a pas souhaité s'associer au lynchage public de l'ennemi numéro 1 du moment.
La France danse un numéro d'équilibriste, une forte demande de repli sécuritaire d'un côté et une indignation face à la justice (incarnation de tous les vices). Il n'y a pas de repli sécuritaire sans injustices, car le processus devient trop rapide, les gens sont arrêtés, emprisonnés, jugés sans prendre le temps de la réflexion pourtant au combien nécessaire. La justice est lente mais il faut quand même se rappeler qu'elle ne coupe plus les mains aux voleurs et qu'elle n'électrocute pas les violeurs d'enfants (la réaction épidermique le voudrait pourtant).
Les mêmes députés, bons pères la morale, viennent eux-même de voter une loi permettant de faire beaucoup plus facilement ce qu'ils reprochent à l'affaire d'Outreau : retenir en détention préventive sans la présence immédiate d'un avocat une personne soupçonnée de complicité terroriste. Par contre, je doute que Mohamed, injustement soupçonné de complicité avec des terroristes bénéficie du même soutien médiatique et public que les acquittés d'Outreau. Entre sécurité et justice, le dilemne existe...